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Pour ma part le climax dans un jeu est primordiale car j’ai peu à peu réalisé que c’était cela qui apportait l’adhésion profonde des joueurs, finalement, bien avant les mécaniques des jeux.

J’imagine (sans difficulté) que je vous dois quelques explications.  Fondamentalement, la règle donne au joueur une totale liberté dans ses choix et ses expérimentations. Cependant, pour « gagner » la partie il devra mettre en œuvre une stratégie adéquate. Et, cette fois, les combinaisons sont moins nombreuses. Par ailleurs, au fur et à mesure de la partie une certaine tension « narrative » va se bâtir plus ou moins intentionnellement de la part de l’auteur et même si elle est dépendante des joueurs. Cependant, il n’en demeure pas moins que la règle implique ces mécanismes. Ce concept de climax parait évident dans le monde des jeux vidéo et le jeu de rôle mais il n’en demeure pas moins une réalité dans le jeu de société. On le voit, notamment, dans les jeux collaboratifs (où les joueurs luttent contre le système) : le seigneur des anneaux (Knizia), Chevaliers de la table ronde (Laget & Cathala), London 1880 (Maric).

Je me souviens d’une conversation avec Serge Laget à propos de Mare Nostrum où j’avais évoqué « l’histoire » au sein  de la partie

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et il m’avait avoué qu’il n’y avait pas réfléchi en ces termes (au demeurant, avec « Chevalier de la Table Ronde », Serge a démontré qu’il maîtrise parfaitement le sujet). C’est Damien Maric, l’auteur de London 1880, qui m’a ouvert les  yeux sur cet aspect. Chez Damien, la composante climax de son jeu est évidente et intentionnelle, d’un autre côté, venant du monde de l’audiovisuel, cet aspect ne pouvait lui échapper.

Et donc, quel est cette histoire que je souhaite que mes joueurs vivent et expérimentent ?

Au début les dinosaures carnivores sont petits, certes rapides, mais à la merci d’une mauvaise chasse et enfin ne peuvent évoluer que lentement. Il leur faut donc s’unir pour capturer des proies plus intéressantes leur permettant de muter. Les opportunités étant, au fur et à mesure de la partie, de plus en plus nombreuses, ils pourront donc se transformer en un super prédateur sans craintes du lendemain. Tout cela ne sera possible qu’avec une certaine dose de collaboration et d’opportuniste. En alternative, un certain nombre de joueurs pourront décider de ne pas évoluer en contrepartie d’un esprit de meute et d’une férocité envers les plus gros prédateurs pour les empêcher de se développer comme ils le souhaitent.

Au final, c’est une histoire de lutte acharnée au sein d’un groupe où chaque individu devra réaliser un compromis entre l’esprit d’équipe ou s’isoler pour devancer ses compétiteurs. Aux débuts tous seront égaux et la collaboration s’imposera d’elle-même mais au fur et à mesure de la partie les opportunités de s’écarter du groupe augmenteront avec le risque de devoir tous les affronter.

9782253072102-T

PS : certains se demanderont « Mais pourquoi tout cela » ? A ces derniers, je conseille de lire l’édifiant « Age de diamant» de Neal Stephenson où on y parle de souries, de lapin, de canard, de bébé et, de dinosaures.